[Kid Loco - Here Come The Munchies, et puis Cocaine Diana]
Je devais avoir entre 8 et 10 ans, je ne me souviens pas exactement. Lui devait avoir entre 15 et 18 ans, quelque chose comme ça. Pas plus.
Ca fait jeune pour un violeur mmh ? Cette idée ne m'est venue à l'esprit que plus tard ... Mirte, si ça se trouve ce n'est pas un viol "dans les formes", que je me disais. Que je me dis encore, en fait. Peut-être. Peut-être que je me suis raccroché à cette idée, "je me suis fait violer", pendant des années, sans que pour autant elle ait une valeur, disons, "juridique" ... Peut-être que pour e commun des mortels, je ne suis pas une victime de viol. Tout ce fatras dans ma tête, tout ce bordel, tout ce vide que j'ai créé n'aurait alors pas lieu d'être ... Mirte, et pas de "rewind" possible, évidemment.
Je ne me souviens (évidemment) pas de la premiere fois. Je me souviens juste de quelques moments.
Le moment ou la sodomie n'a pas marché ... Je devais être trop jeune, pas assez de place ...
Le moment où il m'a demandé de pousser des cris, "tu sais, comme les femmes quand elles font 'amour" ... Merde, je savais à peine ce dont il parlait ... Je n'ai même pas répondu, j'ai juste fait comme si j'avais pas entendu sa requête, et puis merde, c'était déjà assez cool de ma part de lui laisser faire le reste, je me disais que putain, il pouvait bien passer l'éponge sur mon mutisme, pas déconner quand-mmême.
[Morcheeba - Wonder Never Cease]
Tasse vide, chier
La langue, aussi, je m'en souviens. Le gout métallique, donc. Gerbos, ça. Vraiment. Ca langue pouvait aller où elle voulait, la mienne essayait de l'éviter, recroquevillée dans le fond ...
Et puis, la fellation. J'etais sous les draps. Gerbos aussi, mais pas comme prévu. Le gout, juste. Pas vraiment de dégout d'avoir un sexe, et pas le mien, là, juste sous les yeux. Le goût. Gerbos.
Je ne me rappelle pas que ça ait joué particulierement joué sur mon comportement, à l'école ou avec les potes.
Ca a du durer quelques mois, quelques années peut-être. Jusqu'à ce que j'en parle à ma mère, puis à mon père. Alors, je me suis rendu compte. OK, je savais (surement confusément) que c'était pas très net comme histoire, pas un truc qu'on fait avec un copain qui est plus vieux.
Mais à la réaction de mes parents, j'ai du comprendre que c'était vraiment pas clean. Du tout. Là, j'ai pleuré. Un peu parce que ma mère pleurait aussi, un peu parce que je ne savais pas vraiment quoi faire d'autre. Et puis aussi, je n'avais raconté qu'une partie des trucs que j'avais envie de dire. J'avais juste donné une idée globale de ce qu'il se passait, pas de détails, le gout de son sexe, pas le mutisme, j'avais pas de mots à coller là dessus, et puis je n'avais pas l'habitude de parler "caca-pipi" avec mes parents, donc "bite-fellation" encore moins. des mots de grand, ça.
Je me souviens, quelque temps après avoir dévoilé l'histoire à mes parents, avoir sorti une phrase du genre "tu sais, il a aussi mis son zizi dans ma bouche", à ma mère, en passant, comme ça. Il fallait que j'évacue, mais je ne savais pas comment le faire sans reprendre la grande discussion, sans que tout le monde soit là, autour de moi, sans que j'aie à parler pendant des quarts d'heures et des quarts d'heures. Alors, évacuer par petits bouts, sur un ton anodin, en passant, rapidos, c'était une solution.
Je crois que c'est comme ça que j'ai appris à être léger, anondin, froid, c'est comme ça que j'ai appris à penser en permanence que "mouaife, c'est pas grave, ça passera".
Et maintenant, c'est comme ça que ça se passe. Un imprévu ? Un truc de merde qui me tombe sur la gueule ? "mouaife"
Pas grave, donc. Accepter, ça je sais le faire.
[Commentaires. ..